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Raymond GOEMANS

AUTEUR

 

« La nuit au bout du voyage – Journal d’un aidant ordinaire »
aux éditions Jet d’Encre

· Interviews

Raymond a 84 ans. Un âge où l’on regarde sa vie avec sagesse et la sienne est digne d’un roman. Zèbre il l’est évidemment. Suite à nos échanges et à la lecture des caracteristiques des Hauts Potentiels, il m’a répondue « je fais partie de la harde ! » avec son humour belge que les ans n’entament pas.

Nous avons souhaité faire un focus sur son histoire à l’occasion de la sortie de son livre : « La nuit au bout du voyage - Journal d’un aidant ordinaire » signé Raymond Goemans, publié en ce mois d’octobre 2020 par les éditions Jet D’Encre.

Il raconte de façon poignante et pudique son parcours d’aidant auprès de son épouse atteinte d’une dégénérescence cérébrale. Seize années de la vie d’un homme que la vie n’épargne pas : la maladie omniprésente, le décès d’un fils, les relations compliquées avec les structures d’aide à domicile, la fatigue et le désarroi lorsque la vie bascule et que les ans marquent son pas, lorsque ceux que l’on aime disparaissent. Sa plume est engagée. Il nous emmène dans son histoire sans cesse connectée aux évènements familiaux et à l’actualité du monde, en passant par une analyse fine des structures médico-sociales. Un ouvrage que nous vous invitons à lire et que nous sommes fières de relayer.

Les parcours professionnels sont rarement linéaires chez les HP et Raymond ne fait pas exception, même si ce concept de haut potentiel est étranger à sa génération. Ceci dit, Raymond a passé des tests, dans le cadre de l’armée, à la fin de son service militaire dans les forces spéciales.

Il s’est rendu à la convocation « pour voir » dit-il. Cela devait durer deux jours, il y en a eu un troisième car il avait eu les meilleurs scores de toute la promotion. Il s’y référera plus tard pour reprendre ses études d’ingénieur. Comme un sésame qui ouvre le champ des possibles alors qu’il avait « décroché » après son bac, alors même qu’il était admissible en école d’ingénieur.

Après l’armée, il y aura un passage dans un ministère : « j’étais un gratte papier mais j’avais plus de pouvoir que je ne le pensais. J’ai découvert les arcanes du pouvoir, les passe-droits… je suis parti dégoûté ».

Ce n’est que le début de ses aventures. Lorsque Raymond se marie, en Ardèche, avec une française, le préfet lui demande de signer un papier où il s’engage à ne jamais travailler en France. Alors il repart en Belgique. Il sera conducteur de travaux, technicien en papeterie. L’entreprise sera reprise par des anglais et, face à un chef incompétent, il la quittera pour reprendre ses études d’ingénieur.

Quelques années plus tard et quelques enfants en plus (il en aura 5), Raymond reviendra en France, pour tenir la promesse faite à sa femme de retourner sur sa terre natale. Via une société internationale il arrivera à Grenoble, pas si loin de l’Ardèche de son épouse où il retapera une fermette pendant des années, creusant la route à coup de dynamite, installant un puit et l’électricité et, transformant une terre aride en un parc de plusieurs hectares. Raymond est passionné par les plantes et les essences rares. Sa maison et son jardin regorgent d’espèces étonnantes.

Pendant 13 ans il négocie des contrats à l’étranger, il est trilingue, ce qui est bien utile à son employeur. Il coordonne des travaux de par le monde et sera le premier en Europe à utiliser le PERT. Il installe la notion de prix de revient dans la société afin de rentabiliser les projets et de stopper les pertes financières. Trop performant, victime de jalousie, il finira licencié.

RG : « j’ai l’intuition de réunir des éléments disparates pour trouver des solutions, cela m’a attiré bien des jalousies mais aussi évité de me faire avoir ». Raymond me confie : « après ce licenciement, j’ai déchiré tous mes diplômes et j’ai ouvert un atelier de restauration de meubles. J’ai installé un entrepôt/atelier dans mon jardin. J’avais déjà construit la maison brique après brique, pour passer de 80 M2 à 200, afin de loger la famille. Le matin avant de partir travailler je posais des briques et mon épouse faisait les joints pendant la journée. J’ai fait ce métier d’artisan pendant 5 ans. J’ai découvert le monde particulier des brocanteurs. En parallèle j’ai donné des cours à l’IAE ».

Pourquoi avoir arrêté cette activité ?
RG : Avec IKEA, les meubles anciens ont perdu de leur attrait et je devais faire bouillir la marmite. J’ai aidé un copain qui cherchait du boulot et j’ai trouvé deux postes, mon épouse m’a incité à postuler. J’ai ainsi dirigé une société d’injection plastique en Savoie. J’étais le seul homme avec 45 femmes ! Un enfer !! (Raymond éclate de rire)
Le PDG m’a laissé les clefs, il est parti aux US et n’est jamais revenu. J’ai redressé l’entreprise. Tous les contrats étaient en dollar et le jour où les cours se sont effondrés à cause de la guerre en Irak il a fallu déposer le bilan.

Il a fallu trouver autre chose alors ?

RG : Et oui. Je suis devenu DG d’un bureau d’études en machines spéciales et j’ai travaillé avec les Emirats. J’ai fait des rencontres improbables : d’anciens agents de la CIA et du KGB... Puis la société a été vendue et chômage à nouveau à 54 ans. En sortant de l’ANPE je suis tombé sur une ancienne relation de travail. Elle a pris mon CV qui n’était pas du tout finalisé. On m’a embauché pour une filiale du groupe Entrepose. Cela a pris quelques mois, mais les deux précédents embauchés n’avaient pas résistés, alors la société est revenue vers moi.

Raymond se marre en racontant cela. Il faut dire qu’il est cash, qu’il l’a toujours été et qu’il a un solide sens de l’humour.

RG : A 58 ans je suis parti en pré-retraite. En fait, mon patron pensait que j’avais des dons occultes car je devinais des choses que les autres ne voyaient pas ou qui étaient cachées. Je crois que j’ai passé ma vie à débloquer des problèmes et mener des négociations où mes patrons échouaient. Un jour en Afrique du sud, j’ai utilisé le flamand qui est proche de l’afrikaans et j’ai débloqué les 9 millions dont la société avait besoin. Finalement, je me rends compte que je suis souvent tombé sur des incompétents dans ma vie professionnelle. Ils ont utilisé mes compétences jusqu’au moment où ils sont devenus jaloux, ou ont eu peur de moi. Comme si je leur faisais de l’ombre.

Les HP ne se rendent pas compte de leurs capacités et facultés particulières. Cela peut fasciner ceux qui les embauchent. Ils sont plutôt humbles mais il arrive fréquemment qu’ils fassent peur car ils sont arrivés à la conclusion avant tout le monde, sans bien savoir comment l’expliquer. On retrouve ici cette pensée en arborescence qui relie et connecte des éléments automatiquement et rapidement alors que les neuro-typiques fonctionnent de façon séquentielle. Rien de surprenant donc !

On vous souhaite encore un très long voyage dans la lumière Raymond, la vôtre et celle que vous nous partagez. Merci pour cet entretien.


Propos recueillis par Virginie CUPILLARD – Psychopraticienne et Coach  virginie.cupillard@gmail.com - https://www.asperger-hautpotentiel.com/

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