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Interview de Nicolas ROBIN

Auteur et Vice-Président de l’association des Arts Visibles à Lyon

· Interviews

Nicolas fait partie des A-HP, il a découvert tardivement sa différence à l’âge de 36 ans.
En revisitant son parcours il est bien conscient de cette singularité et des façons dont elle s’exprime et s’est exprimée au cours de son histoire.

Comment avez-vous découvert cette différence Nicolas ?

A l’origine, un burn-out professionnel m’a amené à me faire aider. Par hasard j’ai lu un article sur le syndrome Asperger et me suis rendu compte que le descriptif me correspondait. J’en ai parlé avec ma psychiatre et lui ai demandé ce qu’elle en pensait. Elle était au-départ indécise puis a accepté que je fasse un diagnostic qui s’est révélé positif. Je faisais partie des 20% de personnes Asperger capables d’identifier les bonnes réponses, à savoir me rendre compte des endroits/moments où j’étais en décalage et en capacité de corriger les choses. Reconnaissons-le, dans la théorie des faux pas, j’ai un petit manque de compréhension de facto, mais je ressens un trouble que j’analyse rapidement. Souvent, je trouve que les problèmes sont mal présentés dans la vie courante et supposeraient davantage de considération pour le locuteur. Autrement dit, les neurotypiques fonctionnent comme si les choses étaient entendues. Elles ne le sont généralement pas : on communique, on ne s’entend pas dans la vie moderne et peut-être avant celle-ci. Cela me demande un effort léger et accepté de questionner pour chercher l’implicite et vérifier que j’ai bien compris, clarifier une situation, la rendre nominale.

Comment cela se passait-il au travail ?

On me reprochait de faire des appels d’offres tarabiscotés, à la longue je me suis usé. Des erreurs d’inattention venaient parfois maculer mes textes, erreurs fruit d’une fatigue et d’une perte de sens en ce que je faisais. J’étais acheteur dans la fonction publique après avoir fait un Master 2 en Histoire Médiévale. J’ai eu l’impression de faire le grand écart et de mettre des rustines tout le temps.

Comment avez-vous réagi au diagnostic ?

Cela m’a mis un coup au moral au début : autisme et saturation mentale. Après coup je me suis dit que j’avais des forces et des valeurs à faire valoir.

Dans un premier temps j’étais très en colère vis-à-vis de moi-même. Je refusais. Je ne voyais que les aspects négatifs afin de tenter maladroitement d’entrer dans la norme. Le cheminement pour découvrir la richesse de mes potentiels pluriels a pris du temps d’autant que ma famille était et reste dans un déni total.

Aujourd’hui je fais tout ce que j’ai envie de faire. Je ne me pose plus de limite. J’exploite mes potentiels, dans une surenchère d’activités ! Une maximisation du possible et je ne suis pas fatigué. Je dors peu mais c’est mon rythme naturel et je fais aussi du sport à haut niveau.

Quel message voudriez-vous faire passer à ceux qui découvrent qu’ils sont Apserger ?

En quelque sorte faire un court-circuit pour éliminer les mauvais aspects et miser sur les forces. La souffrance pour la souffrance n’a pas de sens en soi. Elle n’apporte rien si ce n’est une information qui n’est pas un enseignement, juste une donnée à recevoir, pas une panacée.

Cela aurait-il changé quelque chose de le savoir plus tôt ?

Je ne sais pas. Je me suis senti différent très tôt, petit adulte très tôt déconsidéré par le monde des adultes qui y voyait ridicule à ‘se faire tout comme’, à parler de climat avant l’heure, de géologie, de paléontologie, de sciences, bref... Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de nuisances d’adultes normaux sur le neuro-développement d’êtres en construction et perclus de fragilités.

Il y a eu la phase collège/lycée, on passe inaperçu et on réussit en tout. Puis à la faculté, je ne dormais plus, j’étais en hyper stress. J’essayais de contrôler le sommeil, la génération d’écriture alors qu’il faut se laisser aller. De fait, j’avais de moins en moins de contacts sociaux. Je crois que si je l’avais su plus jeune cela aurait eu un impact sur mes choix professionnels car j’aurais (eu) davantage de perspectives : journalisme, innovation, marketing… Je ne me serais pas cantonné à une seule voie. Je ne me serais pas limité à un carcan de devenir.

Quels messages donneriez-vous aux parents d’enfants asperger ?

Ne pas s’appesantir sur le mal (‘’ce qui est vu comme un handicap’’) par la souffrance et la gravité. Mettre de la légèreté – enchanter la vie – pour que cette différence soit sans impact ou d’un impact au retentissement le moindre sur la vie. Ne pas accentuer le mal. On peut faire beaucoup d’erreurs dans la vie quotidienne et, même si c’est permis, c’est à éviter. Et puis veiller à se protéger car on est vulnérable du fait d’une grande gentillesse et on a du mal à s’opposer à ce qui s’ouvre à nous. Parfois on souffre parce que des personnes abusent de cette gentillesse.

Merci Nicolas pour ce témoignage.

Nicolas est auteur (La caravane du Désert, On est comme on naît, Tout de go – libre Enfer, Tristesse ment, Lopa l’Océane à paraître en septembre : recueils de poésies) et anime un club de philosophie (GEM l’Escampette, Villefranche-sur-Saône, les mercredi après-midi, deux fois par mois),
Vice-Président de l’association des Arts Visibles à Lyon (https://wordpress.com/view/lesartsvisibles.wordpress.com)

Et administrateur de Solid’Arté, structure de réinsertion des artistes en situation de RSA, fusionnant avec Lahso.

Il dispose d’un Master II en Histoire médiévale et est férue de sciences et d’innovations, inventeur aussi à ses heures.

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